Du portrait au roman-photo, du corps à l’architecture, des livres aux paysages, des photos aux images mouvantes, Marie-Françoise Plissart capte et partage des atmosphères, des univers, des lieux et des moments singuliers tous empreints de la poésie qu’elle y voit, qu’elle y met, qu’elle nous communique.
Elle réussit dans son travail le pari d’éviter l’exotisme facile, et celui de partager à travers une image l’intensité d’une rencontre, d’un moment. La photo est pour elle un médium en perpétuelle évolution qui lui permet de se renouveler sans cesse dans ce qu’elle a à dire et à montrer.
Quand Marie-Françoise Plissart raconte ses aventures photographiques, ses rencontres avec des gens, des maisons, des paysages ici et ailleurs, on vibre avec elle de cette émotion de l’expérience singulière qu’elle partage à travers ses images.
©Marie-Françoise Plissart
©Marie-Françoise Plissart
©Marie-Françoise Plissart
Théâtre de la Balsamine.©Marie-Françoise Plissart
Conversation avec l'auteure:
Tania Nasielski : Dans ton exposition ‘Un monde sans fin’ [1], on lit ton œuvre comme un fil qui relie des choses, des lieux, des images à priori sans liens directs. Pourtant on sent une grande cohérence dans ton travail, comme un désir d’être fidèle tout à la fois à ta sensibilité propre et à l’essence de ce que tu prends en photo…
Marie-Françoise Plissart : C’est exactement ce que je cherche à faire. Plus j’avance dans mon métier plus j’ai envie de capter ce qui est vrai, ce qui est « vraiment » en face de moi. Tout en sachant que tout est subjectif et que le réel n’existe pas. J’ai l’impression que les gens veulent voir du réel. Des programmes comme Photoshop permettent de transformer le réel, mais il arrive souvent que du coup ces images retravaillées nous passent au-dessus, ne nous touchent plus.
Une photo change le monde, l’objectif de l’appareil photo modifie le réel en tronquant les perspectives et les proportions : rien n’est comme l’œil humain, tu dois toujours faire l’expérience des choses. Si tu fais l’expérience des choses peut-être que les gens qui voient la photo la feront aussi. En lisant un bouquin aussi on fait l’expérience des choses. C’est pour cela que nous avons besoin de livres.
Si je photographie une maison j’essaie de la montrer telle qu’elle est mais aussi telle que je la vois. C’est à la fois complètement ce que tu as en face de toi et complètement toi. La réalité au fond n’existe que via le filtre d’une personne.
TN : Tu as obtenu en 2004 le Lion d’or à la Biennale de l’architecture de Venise pour le livre ‘Kinshasa, la ville imaginaire’[2]. Quels sont les rapports que tu entretiens avec l’architecture ?
M-F Plissart : Il s’agit d’un livre sur Kinshasa, réalisé avec l’anthropologue Filip De Boeck et l’exposition était menée par le scénographe-architecte Koen Van Synghel. Dans notre travail c’est du corps qu’il s’agit, et du corps qui fait architecture.
TN : Mais en général tu es intéressée par l’architecture…
M-F Plissart : Je trouve que c’est une philosophie de la vie qui se retrouve dans une maison. J’ai photographié récemment une maison en Australie où je séjournais. La propriétaire de cette maison disait qu’elle l’avait construite comme un monument à une expérience qu’elle avait faite.
C’est toujours un très grand honneur pour moi de photographier certaines maisons. Après, ces maisons t’habitent, elles ne te quittent pas.
Je viens de photographier une maison à Mormont dans les Ardennes. Ses propriétaires ont mis 20 ans à la construire, ils disent : « Nous n’y avons rien fait qui ne nous ait pas réjoui. » Il y a toujours quelqu’un qui s’est réjoui, soit l’architecte, soit les gens qui ont investi la maison. C’est une utopie en quelque sorte, tu imagines ta maison, tu la rêves et puis tu es confronté au réel et à ce qui vient se croiser là-dedans.
TN : Qu’en est-il de la présence des gens dans tes photos ?
M-F Plissart : J’ai commencé par être portraitiste. Les gens et les corps étaient présents, par exemple dans « Droits de regards » que l’on peut voir dans mon expo à Anvers. Ils sont présents aussi dans le livre sur Kinshasa, et le projet sur les enfants sorciers.
C’est vrai qu’il y a des phases où ils sont moins présents. Mais maintenant, les gens vont revenir.
TN : Une photo que tu as prise et qui a particulièrement marqué ta mémoire par l’intensité de l’expérience ?
M-F Plissart : Tu es photographe, tu te promènes avec ton appareil photo, puis il y a une telle force d’interaction dans la rencontre… Cela peut-être un visage, un lieu, c’est un arc électrique qui se crée entre lui et moi et c’est l’essence de mon métier et chaque fois c’est différent.
Propos recueillis par Tania Nasielski
[1] Rétrospective du travail de Marie-Françoise Plissart au Fotomuseum Antwerpen jusqu’au 4 janvier 2009.
[2] Mené en collaboration avec Filip De Boeck, anthropologue et professeur à la KUL, et Koen Van Synghel, architecte.